15 oct. 2026
Biodiversité et industrie pharmaceutique : la forêt, matière première de vos médicaments
Près de la moitié des nouveaux médicaments chimiques reposent sur une molécule issue du vivant. TNFD, CSRD : comment la pharma peut agir en forêt.

Environ la moitié des nouvelles petites molécules médicamenteuses approuvées depuis 1981 reposent sur une structure issue du vivant. Pour l'industrie pharmaceutique, l'érosion de la biodiversité n'est donc pas un sujet périphérique : c'est un risque sur sa matière première.
Le vivant, premier laboratoire de R&D
La référence en la matière est l'analyse de David Newman et Gordon Cragg, anciens responsables des produits naturels au National Cancer Institute américain. Leur dernière revue couvre toutes les autorisations de médicaments de janvier 1981 à septembre 2019. Une analyse complémentaire publiée en 2021 dans Natural Product Reports en tire un constat net : environ la moitié des nouvelles entités chimiques sont structurellement fondées sur un produit naturel.
La forêt occupe une place de choix dans cette histoire. L'aspirine descend de la salicine de l'écorce de saule (Salix alba). La quinine vient de l'écorce du quinquina (Cinchona). Le paclitaxel a été isolé de l'if du Pacifique (Taxus brevifolia), et le docétaxel est obtenu par hémisynthèse à partir des aiguilles de l'if commun (Taxus baccata), grâce aux travaux de l'Institut de chimie des substances naturelles du CNRS.
Le sol forestier compte autant que les arbres. Newman et Cragg soulignent qu'une part importante des médicaments d'origine naturelle est en réalité produite par des microbes ou par leurs interactions avec leur organisme hôte. Champignons, bactéries du sol, organismes des zones humides : chaque écosystème préservé est une bibliothèque chimique encore largement inexplorée.
La perte de biodiversité, un risque opérationnel
Une espèce disparue est une molécule candidate qui ne sera jamais étudiée. Or l'évaluation mondiale de l'IPBES estime qu'environ un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction. Une zone humide drainée ou une forêt dégradée, ce sont autant d'écosystèmes sources que les équipes de bioprospection ne pourront plus explorer.
Pour un laboratoire, ce risque se lit sur trois plans :
- Le pipeline de R&D : moins de diversité biologique, c'est moins de diversité chimique à cribler pour les molécules de demain.
- La chaîne d'approvisionnement : certaines matières premières végétales restent cultivées ou récoltées, et leur disponibilité dépend d'écosystèmes en bonne santé.
- La réputation et l'accès au capital : les parties prenantes attendent désormais qu'une entreprise dépendante de la nature mesure cette dépendance et agisse en conséquence.
Certains acteurs du secteur l'ont compris tôt. Lors du lancement des recommandations de la TNFD en septembre 2023, GSK a été la première entreprise à s'engager à publier un reporting aligné sur ce cadre, à partir de 2026 sur les données 2025. Un laboratoire pharmaceutique en tête de file : le signal mérite d'être entendu.
Ce que demandent régulateurs et investisseurs
Trois cadres convergent vers une même exigence : documenter sa dépendance à la nature. Leur statut juridique diffère, et il est utile de le préciser.
Cadre | Statut en octobre 2026 | Ce que cela signifie pour un laboratoire |
|---|---|---|
Recommandations volontaires publiées en septembre 2023 ; l'ISSB prépare un projet de norme nature attendu pour la COP17 d'octobre 2026 | Le standard de fait pour évaluer et publier ses dépendances et risques liés à la nature, en voie de devenir une norme internationale | |
Directive Omnibus (UE) 2026/470 : champ recentré sur les entreprises de plus de 1000 salariés et 450 M€ de chiffre d'affaires, ESRS simplifiés ; transposition française en cours | Les grands laboratoires restent concernés ; la norme biodiversité E4 s'applique dès lors que le sujet ressort comme matériel dans l'analyse de double matérialité | |
Obligation en vigueur pour les investisseurs français (décret n° 2021-663) | Vos actionnaires et gestionnaires d'actifs doivent publier une stratégie d'alignement avec les objectifs de long terme liés à la biodiversité : ils vous interrogent donc sur la vôtre |
Le mouvement est déjà visible chez les grands gestionnaires. Amundi a rejoint le Finance for Biodiversity Pledge dès 2021 et a adopté en 2024 une politique dédiée « Biodiversité et Services Écosystémiques », centrée sur les entreprises les plus exposées.
Autrement dit, la question n'est plus de savoir si vos investisseurs vous interrogeront sur la biodiversité, mais ce que vous aurez à leur montrer.

Forêts et tourbières labellisées : une réponse concrète
EcoTree développe depuis 2014 des projets forestiers en France, dont une partie est labellisée Label Bas-Carbone, le référentiel public créé par l'État en 2018. Ces projets sont certifiés par le Label Bas-Carbone et par Bureau Veritas, qu'ils se situent sur des forêts d'EcoTree ou sur des forêts de tiers.
Les zones humides entrent désormais dans ce cadre. Depuis la décision du 16 juin 2026, la méthode « Restauration hydraulique des tourbières dégradées », portée par la Fédération des Conservatoires d'espaces naturels, est approuvée. EcoTree s'appuie sur cette avancée pour ses projets de restauration de tourbières.
Chaque projet produit des co-bénéfices documentés :
- 🌿 Biodiversité : habitats restaurés, espèces protégées, continuités écologiques préservées (en savoir plus).
- 🌊 Eau : filtration, régulation des crues, nurseries pour de nombreuses espèces dans les zones humides.
- 🌳 Carbone : séquestration certifiée, avec des attestations nominatives à valoriser dans votre reporting.
💡 Bon à savoir pour votre rapport de durabilité. Les crédits carbone ne se déduisent pas de votre inventaire d'émissions : les ESRS demandent de les présenter séparément, comme une contribution. C'est précisément pourquoi nous recommandons de les inscrire dans une stratégie de décarbonation qui commence par la réduction, et de valoriser en parallèle les co-bénéfices biodiversité au titre de l'ESRS E4.
Pour un laboratoire, c'est une réponse cohérente à deux attentes simultanées : contribuer à la neutralité carbone et démontrer un engagement biodiversité traçable, ancré dans des écosystèmes français que vos parties prenantes peuvent visiter.
Préserver la forêt, c'est préserver votre pipeline
L'industrie pharmaceutique doit une large part de son arsenal thérapeutique au vivant. Elle a donc, plus que tout autre secteur, intérêt à en mesurer l'érosion et à agir pour la freiner. Les cadres de reporting le formalisent, les investisseurs le demandent, et les premiers laboratoires engagés prennent une longueur d'avance.
EcoTree accompagne déjà plus de 4000 entreprises partenaires, avec la transparence d'une entreprise certifiée B Corp, un rapport annuel public et un comité d'éthique indépendant.
Vous souhaitez intégrer la biodiversité forestière à votre stratégie RSE ? Contactez nos chargés de partenariat pour construire un projet à la mesure de vos enjeux.
Sources
- Newman D.J., Cragg G.M., Natural Products as Sources of New Drugs over the Nearly Four Decades from 01/1981 to 09/2019, Journal of Natural Products, 2020
- Cheminformatic analysis of natural product-based drugs and chemical probes, Natural Product Reports, 2021
- IPBES, Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services, 2019
- TNFD, communiqué de lancement des recommandations finales, 18 septembre 2023
- GreenCalculus, fiche TNFD et calendrier ISSB, revue août 2026
- Dcycle, CSRD Omnibus I approved, 2026
- Projet Celsius, ESRS révisés : ce qui change pour l'exercice 2026, octobre 2026
- ADEME Climate Transparency Hub, exemple de rapport article 29 LEC
- Amundi, réponse act4nature, 2026
- Ministère de la Transition écologique, décision du 16 juin 2026 approuvant la méthode tourbières
