Regard d'un auteur sur l'essaimage

Des racines et des feuilles : Des arbres à travers la littérature

Vianney avec Vianney
EcoTree vous emmène à la découverte des arbres qui ont marqué la littérature et des auteurs qui ont su trouver les mots justes pour les mettre en valeur.
Maurice Maeterlinck
Dans son ouvrage La Vie des abeilles, le prix Nobel de littérature symboliste Maurice Maeterlinck se penche sur la vie d'un essaim, de sa formation, sortie du confort d'une ruche, à sa mise en sommeil pour l'hiver. La description de « cette étrange petite république, si logique et si grave, si positive, si minutieuse, si économe, et cependant victime d'un rêve si vaste et si précaire » forme les prémisses de la sociologie animale.
Dans cet extrait, c'est à la description d'un essaimage que nous assistons, phénomène naturel ayant actuellement lieu dans de nombreuses ruches. Bonne écoute !

Enfin, c’est « l’esprit de la ruche » qui fixe l’heure du grand sacrifice annuel au génie de l’espèce, -je veux dire l’essaimage-, où un peuple entier, arrivé au faîte de sa prospérité et de sa puissance, abandonne soudain à la génération future toutes ses richesses, ses palais, ses demeures et le fruit de ses peines, pour aller chercher au loin l’incertitude et le dénuement d’une patrie nouvelle.

Voilà un acte qui, conscient ou non, passe certainement la morale humaine. Il ruine parfois, il appauvrit toujours, il disperse à coup sûr la ville bienheureuse pour obéir à une loi plus haute que le bonheur de la cité. Où se formule-telle, cette loi, qui, nous le verrons tout à l’heure, est loin d’être fatale et aveugle comme on le croit ? Où, dans quelle assemblée, dans quel conseil, dans quelle sphère commune, siège-t-il, cet esprit auquel tous se soumettent, et qui est lui-même soumis à un devoir héroïque et à une raison toujours tournée vers l’avenir ?
 

Il en est de nos abeilles comme de la plupart des choses de ce monde ; nous observons quelques-unes de leurs habitudes, nous disons: elles font ceci, travaillent de cette façon, leurs reines naissent ainsi, leurs ouvrières restent vierges, elles essaiment à telle époque. Nous croyons les connaître et n’en demandons pas davantage. Nous les regardons se hâter de fleurs en fleurs; nous observons le va-et-vient frémissant de la ruche ; cette existence nous semble bien simple, et bornée comme les autres aux soucis instinctifs de la nourriture et de la reproduction. Mais que l’œil s’approche et tâche de se rendre compte, et voilà la complexité effroyable des phénomènes les plus naturels,l’énigme de l’intelligence, de la volonté, des destinées, du but, des moyens et des causes, l’organisation incompréhensible du moindre acte de vie.
 

Donc, dans notre ruche, l’essaimage, se prépare. Obéissant à l’ordre de «l’esprit» qui nous semble assez peu, explicable, attendu qu’il est exactement contraire à tous les instincts et à tous les sentiments de notre espèce, soixante à soixante dix-mille abeilles sur les quatre-vingts ou quatre-vingt-dix mille de la population totale, vont abandonner à l’heure prescrite la cité maternelle. Elles ne partiront point dans un moment d’angoisse, elles ne fuiront pas, dans une résolution subite et effarée, une patrie dévastée par la famine, la guerre ou la maladie. Non, l’exil est longuement médité et l’heure favorable patiemment attendue. Si la ruche est pauvre, éprouvée par les malheurs de la famille royale, les intempéries, le pillage, elles ne l’abandonnent point. Elles ne la quittent qu’à l’apogée de son bonheur, lorsque, après le travail forcené du printemps, l’immense palais de cire aux cent vingt mille cellules bien rangées regorge de miel nouveau et de cette farine d’arc-en-ciel qu’on appelle «le pain des abeilles» et qui sert à nourrir les larves et les nymphes.

 

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