Les sapins sous la plume d'Henri Pourrat

Des racines et des feuilles : Des arbres à travers la littérature

Vianney avec Vianney
EcoTree vous emmène à la découverte des arbres qui ont marqué la littérature et des auteurs qui ont su trouver les mots justes pour les mettre en valeur.
Henri Pourrat
Ceux qui se sont déjà rendus dans ces immenses forêts d’Auvergne, aux confins de la Haute Loire et du Puy de Dôme, qui sont le décor de toutes les aventures de Gaspard des Montagnes, comprendront à n’en pas douter la description quelque peu inquiétante qu’en fait Henri Pourrat.
Ce roman des années 1920 est une plongée, au tout début du XIXe siècle, au cœur de ces bois sauvages, parfois dangereux, peuplés de brigands, mais habité par un peuple de forestiers qui ne les quitterait pour rien au monde : « Ceux qui ne connaissent point cette vie de propriétaire forestier ne peuvent savoir quel plaisir et quel bien c’est là. »
Une longue aventure, qui fait parfois rire et parfois frissonner, tant les sapins qui couvrent tout le pays y sont tour à tour bienveillants et inquiétants. A découvrir ou à redécouvrir en ces semaines d’immobilité forcée, où la magie du conte parviendra à vous transporter, aux côtés de l’intrépide Gaspard des Montagnes, dans les farouches forêts auvergnates.

Elles n'ont rien de trop gai, les forêts qui s'en vont sur ces plateaux, du côté de la Chaise-Dieu. Des sapins, des sapins, des sapins, jamais une âme. Les chemins sablonneux s'enfoncent de salle obscure en salle obscure, parmi la mousse et la fougère, sous ces grandes rames balançantes. Les grappes du sureau rouge tirent l'œil, ou bien quelque pied de digitale pourprée. Il y a des endroits où le soleil semble n'avoir point percé depuis des mondes d'années : c'est sombre, c'est noir, c'est la mort. Une forêt comme celle de la complainte de sainte Geneviève de Brabant, où des ermites peuvent vivre solitaires et qu'on imagine pleine de loups, de renards, de blaireaux. A dix pas, sait-on ce qui se cache derrière ces fûts gercés des arbres où la résine met des traînées de suif ? Tout remue, mais remue à peine. Tout est silence, mais un silence traversé de vingt bruits menus. Une belette qui se sauve, un souffle de vent dans la feuille des houx, une fontaine qui s'égoutte derrière la roche. Et lorsque le sentier monte en tournant sous le couvert, à travers les masses de pierres détachées, dans le désordre des sapins penchés sur leurs nœuds de racines, on croirait aller vers des cavernes de faux monnayeurs et de brigands. Pas une âme, et pourtant il semble que quelqu'un soit tapi par là en embuscade. Il faut avoir l'esprit bien fort pour ne pas se laisser gagner par la peur.
Or, ceux qui sont nés dans ces cantons les préfèrent aux plus beaux endroits de la terre. Jérôme Grange entendait bien y revenir sitôt fortune faite, et son cadet n’avais jamais quitté sans regret ces pays, même pour ceux où le ciel est bleu comme un vitrail et où les orangers portent en toute saison des fleurs, des feuilles et des pommes d’oranges. C’était son goût de voir pousser les sapins et de jardiner dans ces bois, élaguant, plantant, faisant abattre les arbres qui dépérissent ou qui gênent la croissance des voisins, comme une dame peut jardiner en son jardin bouquetier. Ceux qui ne connaissent point cette vie de propriétaire forestier ne peuvent savoir quel plaisir et quel bien c’est là. « S’il n’y a point de bois là-haut, déclarait Jean-Pierre Grange, je dis que mon pauvre père quitte le Paradis pour revenir dans les siens. »
Et, certainement, il n’aurait jamais, lui, déserté Chenerailles sans le malheur de son Anne-Marie.

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