L'ombre des ormes, sous la plume de Marcel Pagnol

Des racines et des feuilles : Des arbres à travers la littérature

Clémence avec Clémence
EcoTree vous emmène à la découverte des arbres qui ont marqué la littérature et des auteurs qui ont su trouver les mots justes pour les mettre en valeur.
Marcel Pagnol
La semaine dernière, nous entamions notre série de lectures avec Jean Giono et son Roi sans divertissement.

Nous poursuivons avec un dialogue de Marcel Pagnol, tiré de La femme du boulanger, film qui se trouve être… directement inspiré d’un conte de Giono, Jean le Bleu ! Après le départ de sa femme avec un autre homme, le pauvre boulanger n’a plus le cœur à faire du pain et préfère boire. Tout le village doit oublier ses querelles et trouver moyen de le remettre d’aplomb.

Nous voilà donc en Provence, où nous dégustons, grâce à Clémence, cette savoureuse (et éternelle) dispute de voisinage à propos des branches d’un orme, du soleil et d’un potager…

Antonin : Mais ces trois ormes, ils ne te servent à rien ! Ils sont juste au bord de ton pré. Qu’est-ce que ça peut te faire de les tailler ? Au contraire, tu aurais du bois pour cet hiver.

Barnabé, tétu: Ces arbres sont à moi. Je les taillerai si je veux. Tu ne vas quand même pas me forcer à couper mes arbres ! Des arbres qui sont chez moi !

Antonin : Les arbres sont chez toi, mais leur ombre est sur mon jardin ! Parfaitement ! Ils sont mal placés, tes arbres. Ils sont juste au midi de mon potager, ce qui fait que toute l’année, du matin au soir, cette ombre tombe sur mes légumes, et elle tourne comme une faux. Ils me mangent mon soleil, tes arbres. Et on n’a pas le droit de manger le soleil de personne.

Casimir : Il n’a pas tort. Ecoute, Barnabé, ce n’est pas de ta faute. Mais pour lui, tes ormeaux sont mal placés.

Barnabé : Mais c’est peut-être son jardin qui est mal placé ! Et si je me plaignais, moi ? Si je disais que j’ai des arbres magnifiques et que je ne peux pas me mettre à l’ombre de mes arbres, parce qu’elle s’échappe chez lui ? L’ombre de mes arbres est à moi, peut-être, non ?

Antonin : Oui, elle est à toi. Et puisqu’elle est à toi, je te prie de la retirer de chez moi.

Casimir : Il le dit à sa façon, mais il n’a pas tort.

Barnabé : Tu veux peut-être que je change le soleil de place ?

Casimir : Il veut que tu tailles tes arbres. Et il me semble que c’est son droit.

Antonin : J’ai fait des épinards géants, cette année. Et bien, mon ami, les épinards géants, je te les ferai voir. Ils ne sont pas géants du tout. Ils ne sont pas plus haut que du cresson.

Barnabé : Fais du cresson, si tu veux, moi, mes arbres, je n’y toucherai pas.

Antonin, sombre: Bien. On ira au juge de paix. Et en attendant, je te retire la parole.

Casimir : Allez, vaï, Antonin…

Barnabé, hautain et méprisant : Oh ! Laisse-le faire ! Si tu crois que ça me touche ! Au contraire ! C’est d’accord ! Qu’il ne me parle plus jamais ! Et si tu m’entends un jour lui adresser un mot, ou lui répondre, je te donne la permission de me cracher à la figure.

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