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Quelles sont les propositions des candidats à la présidentielle sur la filière forêt-bois ?

Certains candidats à la présidentielle ont des propositions concrètes sur l’avenir de la filière forêt-bois, quand d’autres semblent peu s’en soucier.

Quelles sont les propositions des candidats à la présidentielle sur la filière forêt-bois ?

Si la majorité des candidats à l’élection présidentielle a, dans son programme, des propositions concernant l’avenir de la forêt, des arbres, et plus largement de la filière forêt-bois, la plupart des propositions sont très générales, ressemblant davantage à un vœu pieux qu’à un dessein mûrement pensé et qu’il sera possible de mettre en application. Alors que la crise environnementale est l’une des principales préoccupations des Français, elle a été très peu abordée par les candidats à l’élection présidentielle, et l’importance des forêts pour freiner le changement climatique n’a pas du tout été mise en avant. Nous avons tout de même épluché les programmes pour tâcher d’y voir clair dans ce qui nous est proposé. Voici une synthèse par thème des propositions que nous avons trouvées.

L’importance de planter des arbres

Alors que les forêts françaises occupent une superficie de plus en plus importante (+2,9 millions d’hectares depuis 1985), le président sortant est le seul candidat à proposer de planter des arbres. Dans son programme, Emmanuel Macron souligne sa volonté de “planter 140 millions d’arbres d’ici la fin de la décennie, soit 2 arbres par Français”, ce qui semble s'inscrire dans le programme de l’Union Européenne pour la plantation de 3 milliards d’arbres en Europe d’ici à 2030. Il ne donne cependant aucun détail sur la manière dont ces arbres seront gérés sur le long terme. Rappelons que les forêts françaises, souvent façonnées par les hommes, requièrent d’être gérées non seulement pour maximiser leur séquestration de carbone mais aussi pour résister aux menaces anthropiques : changement climatique, incendies, espèces exotiques envahissantes…, et pour produire une ressource d’avenir : le bois d’oeuvre, le bois énergie et le bois d’industrie.

Adapter les forêts au changement climatique

Si en absorbant du carbone, les forêts contribuent à atténuer les effets du changement climatique, les forêts elles-mêmes doivent s’adapter à un climat changeant. Quatre candidats mentionnent ce sujet. Le candidat écologiste Yannick Jadot propose de faire de la “sylviculture mélangée à couvert continu, assurant une plus grande diversité d'essences” tandis que le candidat de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon préconise une “diversification en essences et en âges pour des forêts résilientes”. Ces méthodes, si elles sont bien appliquées, peuvent en effet contribuer à rendre les forêts plus résistantes au changement climatique. 

Valérie Pécresse, candidate LR, veut mettre en place un “Fonds Bois de 150M€ avec une vraie recherche pour aider notre forêt à surmonter les problèmes du réchauffement climatique”, ainsi qu’elle l’a annoncé sur Twitter, tandis que le candidat de Reconquête !, Eric Zemmour, désire “créer un fonds de reboisement et d’adaptation au changement climatique”.

Préserver la biodiversité

Étonnamment, peu de candidats ont employé le mot “biodiversité” ou ont semblé être préoccupés par ce sujet. La perte de la biodiversité, huit fois moins médiatisée que la crise climatique, est pourtant très grave. Sachant que 80% des emplois français dépendent directement ou indirectement de la biodiversité, et que 80% de la biodiversité terrestre se trouve en forêt, il s’agit d’un sujet de première importance. 

Anne Hidalgo, candidate du PS, reconnaît que la protection de nos forêts est essentielle pour la biodiversité, sans toutefois donner de proposition concrète pour contribuer à son développement. Philippe Poutou, candidat anticapitaliste, estime que “pour une biodiversité préservée, il faut stopper l’artificialisation du territoire, transformer la gestion de la forêt [...] et mettre en place des aires protégées.” 

D’autres abordent la biodiversité de manière indirecte, tel Emmanuel Macron qui veut “protéger toujours mieux nos [...] forêts et espaces naturels”. Yannick Jadot souhaite ainsi “protéger [...] 10% des forêts françaises en libre évolution avec au moins 2% de surface protégée dans chaque région en développant les corridors forestiers et les aires protégées forestières”. Jean-Luc Mélenchon souhaite “laisser au niveau national 25% de la surface de la forêt française en libre évolution” tandis que Philippe Poutou souhaite que “pas plus de 10 % de territoire [soit] artificialisé et 10 % classé en réserves naturelles”.

Couper et exploiter le bois

Outre leur importance pour la biodiversité, les forêts en bonne santé contribuent à la séquestration et au stockage du carbone. Le carbone stocké par les arbres est cependant relâché dans l’atmosphère lorsque le bois est brûlé ou qu’il se décompose. Il est donc important d'œuvrer à ce que le bois coupé soit utilisé le plus largement possible à la fabrication de biens meubles ou immeubles à longue durée de vie, comme c’est le cas dans la charpente, la construction bois ou la menuiserie. D’autres débouchés sont également envisageables pour ne pas relarguer le carbone stocké : le biochar, notamment.

Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat à l’élection présidentielle qui évoque l’utilisation du bois. Il souhaite encadrer son utilisation dans la production d’énergie et favoriser son usage dans la construction. Nous n’avons trouvé aucune proposition concernant l’utilisation du bois chez les autres candidats.

Pour ce qui est de l’encadrement des coupes rases, deux candidats s’expriment. Excepté pour des raisons sanitaires, Jean-Luc Mélenchon veut interdire toute coupe rase et Yannick Jadot souhaite les interdire “dans les vieilles forêts et les limiter [...] à 1 hectare dans les plantations”.

Restreindre l’exportation du bois

L’exportation du bois est un sujet d’actualité controversé, notamment en ce qui concerne l’exportation de chênes français en Chine. Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot s’expriment en faveur de l’encadrement de l’exportation du bois, mais pour Yannick Jadot cela doit s’appliquer “en dehors de l’UE”.

Former et employer dans la filière forêt-bois

Deux candidats abordent l’importance de la formation et de l’emploi dans la filière forêt-bois qui, rappelons-le, compte environ 440 000 employés en France (plus que la filière automobile). Anne Hidalgo propose de mettre en place “un plan de formation des métiers” de cette filière. Jean-Luc Mélenchon veut lui aussi mettre en place “une formation professionnelle publique” pour “reconstruire tout le secteur de la transformation du bois” et souhaite aussi “rétablir des scieries”.

Réformer l’ONF

L’Office national des forêts (ONF) semble inspirer les candidats car nombre d’entre eux le mentionnent dans leur programme. Yannick Jadot veut “réformer l’Office national des forêts pour le réorienter vers ses missions de protection et de restauration de la nature” tandis qu’Anne Hidalgo souhaite “regrouper l’ONF et le Centre national de la propriété forestière, et augmenter leurs moyens”. Jean-Luc Mélenchon souhaite “augmenter les moyens humains et financiers” de l’ONF, ainsi que “stopper sa privatisation pour lui permettre d’assurer ses missions”. Fabien Roussel veut, lui aussi, mettre “un terme à la privatisation et à l’hémorragie de cet important service public qu’est l’Office national des forêts”.

Nationaliser les forêts ?

En France, 75% des forêts appartiennent à des propriétaires privés, favorisant le morcellement, et ne favorisant pas toujours l’entretien et l’exploitation des forêts. Mais, plus que le morcellement, c’est d’abord un cours du bois trop bas et l’absence de diversité des essences sciables en France qui n’engagent pas les propriétaires privés à exploiter leurs forêts. De nombreux propriétaires privés ont de grandes connaissances sylvicoles et une très bonne gestion de leurs massifs forestiers. Quelques candidats abordent toutefois la privatisation des forêts. Philippe Poutou souhaite “transformer la gestion de la forêt” en “nationalisa[nt] des forêts de plus de 20 ha”. Jean-Luc Mélenchon veut “augmenter la part des forêts publiques notamment par la création d’un droit de préemption publique avec des budgets suffisants et la réquisition des parcelles abandonnées”.

Les forêts d’Outre-Mer et du reste du monde

Peu de candidats s’expriment sur les forêts ultramarines. Il n’est pas clairement écrit si les propositions détaillées ci-dessus s’appliquent automatiquement aux forêts des départements d’Outre-Mer ou non. Pourtant, les forêts tropicales des DROM sont bien différentes des forêts métropolitaines. Ce sont des écosystèmes divers avec des espèces parfois uniques, qui ne se gèrent pas de la même manière que les forêts tempérées de métropole ni ne font face aux mêmes menaces. Fabien Roussel est le seul candidat à parler explicitement des forêts d’Outre-Mer, déclarant que “les forêts primaires seront protégées de l’exploitation industrielle (particulièrement en Guyane) et des espèces envahissantes ; il sera mis un terme au projet dit de la Montagne d’Or en Guyane.” 
Jean-Luc Mélenchon se préoccupe de la déforestation y compris hors des frontières françaises. Il souhaite “accroître la coopération internationale afin de lutter contre les pratiques illégales qui détruisent les forêts (trafic de bois, orpaillage et mines)” et veut aussi “rompre avec les accords commerciaux participant de l’augmentation de la déforestation importée” et “assurer une traçabilité complète des importations afin de bannir de la commande publique celles liées à la déforestation et contraindre les entreprises à exclure ces produits de leurs approvisionnements”. Cela n’est pas sans rappeler le projet de réglementation de la déforestation importée proposé par la Commission européenne, qui est aussi une des priorités de la France durant son actuelle présidence de l'Union européenne. L’objectif de zéro déforestation importée dans les achats publics de l’Etat fait aussi partie de la loi climat et résilience française depuis 2018.

Enfin, dans les programmes de Nathalie Arthaud, de Nicolas Dupont-Aignan, de Jean Lassalle et de Marine Le Pen, aucune mention claire des forêts ou de la filière forêt-bois n’a été trouvée.

Quid du cours du bois et de la relance de l’industrie forestière ?

A la lecture des programmes des candidats à la présidence de la République, il apparaît d’évidence que les forêts ne sont pas un sujet prioritaire. Pourtant, à maints égards, la forêt est un domaine régalien. A toutes les périodes critiques de l’Histoire de France, il y eut un “recours aux forêts”. Dès le XIIe siècle, le pouvoir royal s’est avisé de mettre en place une législation pour préserver les bois du royaume. En 1318, Philippe V fondait la maîtrise des eaux et forêts qui est l’ancêtre de l’ONF et en 1346, Philippe VI, par l’ordonnance de Brunoy, édictait le premier code royal forestier. C’est parce qu’il prend conscience de l’importance économique et stratégique d’une bonne gestion forestière que Louis XIV, avec son ministre Colbert, “invente” les grandes forêts royales et donne de l’avenir à certains bois que l’on ne récolte que deux siècles plus tard. Aujourd’hui, la France a encore de belles forêts mais, peut-être plus encore qu’ailleurs, dans ce domaine, gouverner c’est prévoir. L’ONF fait un très bon travail mais il faut aussi pousser les propriétaires privés à entretenir leurs bois, soit trois quarts des forêts françaises. Nul n’évoque le fait que le cours du bois est encore trop bas pour motiver les propriétaires à s’en soucier. 
Aujourd’hui, le cours du bois n’a toujours pas retrouvé son cours des années 1980. Le premier frein au développement d’une filière forêt-bois forte, ce sont des prix trop bas. Lorsque le prix du bois retrouvera celui qui devrait naturellement être le sien, les nombreux propriétaires recommenceront d’exploiter leurs forêts et l’outil industriel (scieries…) suivra. D’autres bois que celui du chêne et du Douglas trouveront preneur, et l’ONF pourra faire des bénéfices pour gérer l’adaptation des forêts publiques au changement climatique. 
Les Assises de la forêt et du bois, qui viennent de se conclure, n’évoquent pas non plus la question, semble-t-il taboue, du vrai prix du bois. Elles donnent une orientation sur les stratégies climatique, industrielle et en faveur de la biodiversité, ce qui est une bonne chose. Elles poussent à un accroissement du plan FranceRelance ; mais s’il ne veut pas constamment subventionner la plantation et l’entretien des forêts nécessaires à la transition écologique, l’Etat pourrait aider à lever le principal frein à la dynamisation de la filière forêt-bois, qui est le prix trop bas de la matière ligneuse.